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On associe encore trop souvent l’infarctus à une silhouette masculine, victime d’une douleur brutale en pleine poitrine. Pourtant, le cœur des femmes mérite une attention tout aussi grande. Car si l’infarctus les touche parfois différemment (avec des signes moins spectaculaires et plus déroutants) il n’en est pas moins une urgence. Mieux connaître ces signaux, souvent qualifiés d’atypiques, est essentiel : chez les femmes, ils peuvent retarder le diagnostic. Et en matière de cœur, reconnaître plus tôt, c’est déjà mieux protéger.
Dans l’imaginaire collectif, l’infarctus se manifeste par une douleur brutale dans la poitrine irradiant dans le bras gauche. Ce tableau existe chez les femmes, mais pas toujours. Elles sont plus nombreuses à présenter des signes dits « atypiques », c’est-à-dire moins immédiatement associés à un problème cardiaque. Il peut s’agir d’un essoufflement inhabituel, d’une fatigue soudaine et intense, de nausées, de douleurs dans le dos, la mâchoire ou l’estomac, voire d’un simple malaise.
Selon l’American Heart Association, les femmes rapportent plus souvent que les hommes des symptômes autres que la douleur thoracique classique, ce qui peut compliquer l’identification rapide de l’infarctus.
Le piège ?
Ces signaux sont parfois attribués au stress, à un trouble digestif ou à un surmenage. Les femmes ont tendance à consulter plus tard que les hommes après le début des symptômes. Ce décalage est important : en cas d’infarctus, chaque minute compte pour limiter les lésions du muscle cardiaque.
Pourquoi ces différences ?
Les mécanismes peuvent varier. Chez les femmes, les problèmes cardiaques concernent plus souvent les petits vaisseaux du cœur ou sont liés à une érosion des plaques, qui peut survenir sans bloquer complètement les artères. Chez les hommes, la maladie cardiaque se manifeste plus fréquemment par des artères coronaires fortement obstruées (Women’s Cardiovascular Healthcare Foundation ; Seegers, 2025 ; Medizinonline).
Ces particularités peuvent rendre l’infarctus moins spectaculaire (mais pas moins sérieux). Autre point clé : le risque cardiovasculaire féminin a longtemps été sous-estimé, y compris par les patientes elles-mêmes.
Sans céder à l’inquiétude, certains symptômes doivent amener à appeler immédiatement les secours : une sensation d’oppression thoracique persistante, un essoufflement brutal, une fatigue inhabituelle et inexpliquée, un malaise, des douleurs dans le dos, la mâchoire ou le bras associées à un inconfort général.
Aujourd’hui, la cardiologie intègre davantage les spécificités féminines, mais l’information du grand public reste essentielle. Être attentive à des symptômes inhabituels, écouter son corps et ne pas hésiter à demander un avis médical : ces réflexes simples font toute la différence.
Infarctus : une idée reçue qui persiste
La coopération entre cardiologues, médecins vasculaires, généralistes, gynécologues et pharmaciens optimise le parcours de soins des femmes à risque cardiovasculaire. L’implication des patientes est également essentielle : elles doivent préparer leurs consultations en listant leurs antécédents (y compris gynécologiques et obstétricaux), leurs traitements en cours et en s’initiant à l’automesure tensionnelle. « Avant la ménopause, les femmes seraient naturellement protégées » est une croyance tenace. S’il est vrai que les hormones féminines exercent un effet protecteur relatif, celui-ci n’est ni absolu ni suffisant pour écarter tout risque. Le tabac, le diabète, l’hypertension, l’obésité ou encore les antécédents familiaux peuvent exposer à un infarctus à tout âge. Les femmes plus jeunes sont parfois moins bien identifiées comme étant à risque, ce qui peut retarder le diagnostic. D’où l’importance de dépasser ces idées reçues : aucun âge ne justifie d’ignorer des symptômes inhabituels.
Chiffre clé : Près de la moitié des femmes de moins de 60 ans, victimes d’un infarctus du myocarde, n’ont pas ressenti de symptômes classiques. (Source)